École

Charlie Jeffery

« Charlie Jeffery dramatise l’apparition et la disparition simultanée de l’objet. Au cours de sa carrière, il s’est attaqué, singulièrement, au photocopieur et au réfrigérateur, comme si les deux engins se complétaient : l’un conserve, l’autre reproduit. Une dialectique qui n’est pas sans rappeler le régime de l’objet d’art à l’époque contemporaine : d’un côté l’artefact artistique doit être conservé parce qu’il est unique, de l’autre il est dématérialisé par la reproductibilité technique de masse. Deux facettes d’un même système auquel Jeffery s’attaque avec férocité. Pourtant, même si elle s’en inspire, sa démarche s’éloigne des postures « anti-art » historiques. Ni volonté de réunir l’écart entre l’art et la vie, ni tentative de détruire la dimension objectale pour que l’œuvre échappe à sa destinée marchande. Des stratégies vouées depuis longtemps à l’échec, évidemment, puisque la dématérialisation elle-même favorise la valeur d’échange.

 

Si Jeffery dilue souvent l’unicité de ses pièces en les recyclant, en les assemblant et en les multipliant, ce n’est pas contre l’objet. La sérialité post-minimale de sa démarche relève davantage d’une caricature des méthodes entrepreneuriales basée sur le retraitement à valeur ajoutée des formes pauvres et des matériaux de récup’, sur le modèle des cycles de production, de diffusion et d’obsolescence de notre société. »

Extrait de Détruitus, Charlie Jeffery par Gallien Déjean 02 Magazine N°59, 2011

 

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