Diplômés

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La chasse au lion, 2008
  • Art

  • 2010

Samuel Gratacap

Dans bon nombre de travaux de photographes contemporains, la restitution finale est connue au moment de la prise de vue. Je me détache de cette position en essayant d’accumuler un matériau visuel sans lui donner une place a priori. Mon travail photographique s’articule plutôt à partir des sens, la vue bien sûr mais aussi l’odorat et l’ouïe. Mes prises de vues sont presque des constats de ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je sens et l’image vient mettre un point final à une situation vécue, physiquement.

À l’extérieur, je suis dans le faire, dans un mouvement, dans l’action, la photographie est alors une forme de réflexe. J’additionne des images à la faveur d’une pratique quotidienne qui consiste à saisir des traces photographiques de ce qui suscite ma curiosité dans un quotidien immédiat ; les photographies accumulées ont un statut de matériau brut.

Cette attitude part donc pour moi d’une nécessité, d’un appétit « des choses au dehors » : il y a des formes dans lesquelles je me retrouve, des visages qui font miroir, des détails d’un lieu qui m’évoquent davantage de choses que le lieu dans son ensemble… La ville est un terrain, une scène tiraillée entre deux formes qui cohabitent, l’une immobile et l’autre en mouvement. Je tente d’aller au plus près de ce tiraillement sans hésiter parfois à faire le « grand écart ».

Les images sont comme des mots qui vont constituer des phrases, c’est dans leur enchaînement, dans leur articulation que se dessine mon projet en tant qu’oeuvre.

Dans la rue, les attitudes, les sons, les formes mouvantes ou immobiles m’interpellent ; je suis en permanence à la recherche d’événements. L’imprévu, l’inédit sont pour moi une force « motrice » ; ils participent à la manifestation d’une sorte de « mouvement des contraires », entraînant à la fois un basculement et un renouveau. Arrive ensuite le moment où mon intention de départ atteint ses limites. Vient alors le moment de l’intention, du temps où je dois transgresser et dépasser la phase d’expérimentation photographique.

La chasse au lion, 2008

J’ai réalisé cette image à Katmandu, au Népal. Cette ville m’a choqué par son chaos ambiant et sa désorganisation. Venant de Chine, je me détachais encore davantage de mes repères occidentaux en arrivant au Népal. Au milieu de cette jungle urbaine mêlant les gens, les singes, les motos et les klaxons, je suis tombé sur un vendeur de livres en couvertures desquels figuraient des personnalités qui ont marqué l’Histoire. Cette photographie est évocatrice d’un monde dans lequel les opposés ne seraient jamais très éloignés, elle m’apparaît aussi comme une cartographie de l’Histoire.

(Texte extrait du catalogue des diplômés de 2010)