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  • 2015

Benoit PAYAN

L’Exil et l’Odyssée de Léon Parpayol

C’est en 1943 que Léon Parpayol quitte la ville de Marseille, laissant sa femme et son fils unique pour ne jamais y revenir. D’abord policier sous l’occupation allemande, il participe aux rafles et destructions du quartier antique du Vieux-Port. Rongé par le remords, il sauve in extremis quelques malheureuses personnes, mais c’est déjà trop tard. Il lui faut partir, le plus loin possible, par la mer. C’est alors que commence son exil, qui se terminera en véritable odyssée, à travers laquelle il connaîtra les plus
diverses aventures. D’abord marin pragmatique, il n’en est pas moins opportuniste. Il se livre à divers trafics, haschich en Méditerranée, armes en Mer Rouge, opium en Indochine.
Mais plus sa route est longue, plus son esprit change. Il devient plus humain, plus proche des gens qui l’entourent, et s’éloigne de plus en plus des chemins balisés. Il évite ainsi de prendre position pour quoi que ce soit, sinon pour lui-même, et continue son chemin,
imperturbablement, à travers de nombreux pays et leur contexte politique propre.
Mais il ne perd jamais de vue le but d’achever un jour son voyage, et rentrer enfin chez lui, dans sa ville natale tant recherchée et pourtant cause de son exil. Mais personne ne saura jamais s’il est enfin revenu chez lui ou non.
Mon travail artistique consiste en l’élaboration d’une fiction, par tous les moyens.
La photographie, en premier lieu, m’a permis de réaliser des mises en scène dans lesquelles évolue un personnage que j’incarne moi-même. Les images sont fabriquées au plus près de la réalité de l’époque du personnage, en noir et blanc argentique, avec des papiers perlés, mats,
usés…

Vient ensuite l’écriture d’un roman,qui complète les productions photographiques.C’est un roman d’aventure, dans lequel une
biographie — le vécu d’une première personne qui existe vraiment — introduit un personnage fictif et son univers dans le réel. L’ensemble photographique constitue lui-même une forme de roman, qui complète le texte. Les deux versions — textuelle/photographique — ne se mélangent pas. Elles évoluent parallèlement, en même temps, au service de la même fiction.

J’occupe également le rôle de metteur en scène de mes productions. J’apparais sur les images que je fabrique, je les organise dans l’espace pour donner lieu à un accrochage entièrement à la disposition d’une sorte de mensonge. Je parle de « mensonge » car j’essaie par tous les moyens (photographique, littéraire,cartographique, vidéo, muséographique,utilisation de l’objet ancien dans des vitrines…) de faire exister un personnage, de lui donner autant de corps qu’une véritable personne. Il faut faire la différence entre le personnage et la personne. Si Léon est un personnage que j’incarne de ma personne sur les images, il n’est pas moi, je ne suis pas lui.Je lui prête mon visage et il me prête sa dimension fictionnelle. Le mensonge ou la modification du réel occupent une grand eimportance dans mon oeuvre. L’information,le vécu, l’expérience sont dans notre quotidien toujours modifiés, mis à distance du fait réel.
Il existe toujours une part de fiction dans la réalité et une part de réalité dans la fiction.